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Robert Mapplethorpe , né le 4 novembre 1946 était un photographe américain célèbre pour ses portraits en noir et blanc très stylisés, ses photos de fleurs et ses nus masculins. Le caractère cru et érotique des œuvres du milieu de sa carrière a déclenché des polémiques sur le financement public de l'art aux États-Unis (culture wars).

BiographieModifier

Mapplethorpe est né dans une famille catholique d'origine anglo-irlandaise à Floral Park, dans l'État de New York. Il reçoit un Bachelor of Fine Arts du Pratt Institute de Brooklyn à New York, où il travaille pour un certain nombre de médias différents.

Mapplethorpe prend sa première photographie peu après avec un Polaroid. Dans les années 1970, il se procure un appareil de presse grand format et commence à photographier ses amis et connaissances, qui comprennent des artistes (dont Patti Smith pour la pochette de son premier disque "Horses"), des compositeurs, des stars de la pornographie, et des habitués de sex clubs underground. Dans les années 1980, ses photographies prennent un tour plus maniéré, recherchant la beauté abstraite. Il se concentre alors sur des nus statuaires tant féminins que masculins, des natures mortes florales, et des portraits officiels.

Il meurt du sida le 9 mars 1989

Son styleModifier

Louise-1964

Louise Bourgeois par Robert Mapplethorpe

Entre la chair et son reflet, l'image est une peau. Entre les deux, pas de symétrie possible : contrairement à ce qu'on a trop souvent affirmé Mapplethorpe, à travers ses photographies et ses images, a toujours tenté de l'exprimer. Pour lui la possibilité d'attache à la présence par l'image ne satisfait que le voyeur. Ne voulant s'en tenir là " c'est non seulement remettre à demain ce qu'on peut faire le jour même mais aussi ne plus rien posséder de la sensualité qui reste à et en soi - sinon le vice" disait-il. En conséquence, il a voulu montrer le déchirement qui sépare et affronter le conflit du réel avec son plus "juste" reflet. C'est pourquoi chez lui la nudité est indémêlable de l'image qui l'expose. Il considère que voir la nudité est une expérience non féroce mais cruelle. On court soudain vers une forme qui n'est pas Elle qui n'est pas en Elle. Pour Mapplethorpe, cette nudité ostentatoire n'est pas plus à portée de mains qu'à portée de vision.

Selon l'artiste américain , "la gourmandise que le portrait engage est l'empreinte vive d'un seuil à franchir mais il ne convient pas qu'elle devienne consciente". C'est là toute l'ambiguïté entre la poétique et la poésie iconographiques d'un tel créateur. Pour lui la forme artistique n'a pas une dignité plus forte que la matière-corps saisie et captée. C'est même le contraire qui se passe en un tel transfert. L'artiste sait bien qu'en devenant voyeur nous nous faisons masochistes car la vision exclut le plaisir de la caresse : le corps et le désir se tendent pour ce qui n'arrive pas. Nous ne gardons ainsi que la chimère, sa lumière et sa suffocation. Mapplethorpe sait donc combien il ne faut pas croire à ce que l'on voit : "cela ressemble trop à ce qu'on espère. Il faut fermer les yeux d'autant que ce n'est plus simplement le visage qui reste dans le regard" écrivait-il. Pour lui dans la charge photographique d'un corps ne subsiste déjà plus qu'un souvenir. Elle est donc sans accès sinon sans effets. Et l'artiste d'ajouter : "Il ne faut croire qu'à ce qu'on voit les yeux fermés". En cela la photographie est avant tout amour de soi dans l'affect qu'elle nourrit tant elle rassemble de désirs narcissiques. Finalement dans le nu, on voit tout, on ne voit rien. Celui qui regarde n'observe que l'image dans la nuit de son être et échappe à la nudité qui l'atteint.

PattiSmithHorses

Couverture de l'album Horses de Patti Smith

La photographie devient ainsi une "prise à témoin qui altère le regard de l'autre". Plus que de l'accentuer, elle corrige l'impudeur sauvage, rétrécit les mouvements et les spasmes du plaisir. En montrant la nudité, le corps prend la pose, perd son secret et devient comédie. A ce titre tout photographe dit Mapplethorpe est "un parodique menteur : il organise, met du bon profil, voile, esquive, ou enlumine". Le photographe américain sait donc qu'on ne peut pas éclairer le corps pas plus que l'amour. La lumière photographique les désunit, même si en elle, dit-il tout spectateur "veut apercevoir le corps dont il jouit". Or le créateur, renversant une perspective existentielle qu'il a bien connue dans les backs-rooms refuse le "jouir sans rien savoir de plus'". Il sait que le sexe n'aime pas le grand jour et que la volupté tient en horreur la lucidité. C'est ainsi que tout spectateur-voyeur veut ignorer si la photographie ment ou montre vrai. Le désir est aussi de ne pas savoir, il est une passion d'ignorance. L'extase et la lucidité ne fraient jamais ensemble. C'est pourquoi les portraits de l'artiste semblent rester de marbre, à tous les sens du terme. Sachant aussi que le jour prend de court ce qu'il met en lumière, par la photographie, il a voulu tuer impitoyablement, l'"image désirante" qui se voudrait être elle tout entière à son sujet objet-matière de l'orgasme qu'elle propose.

C'est pourquoi, chez lui, demeure la violence dévastatrice de la découverte qu'il noyaute. La chair erre dans l'image. Exprimer l'une c'est supprimer l'autre. Comme nous le disions plus haut, il n'y a pas de symétrie possible. Il faut fermer les yeux d'autant que ce n'est plus simplement le visage qui reste dans le regard. Demeure la charge du corps qui fait que ce que l'on voit semble déjà une décharge à laquelle il ne faut pas "croire". Car, comme le disait Blanchot "voir comme il faut c'est essentiellement mourir". Et Mapplethorpe le savait bien, lui qui affirmait que "finalement on ne voit rien. On n'a rien vu. Et c'est ce que disent les gens qui meurent". En ce sens toute sa quête tente de répondre à deux questions : Qui a mis l'image dans la nuit de notre être ? A cette question il répond que ce n'est pas le rêve. Quant à l'autre : Echapperons-nous alors à toi dont la nudité nous atteint ? - la réponse reste ouverte.

BibliographieModifier

  • Patricia Morrisroe (1995) Robert Mapplethorpe: A Biography (Papermac: London and New York)
  • Arthur C. Danto (1996) Playing with the Edge: the Photographic Achievement of Robert Mapplethorpe (University of California Press: London and Los Angeles)
  • Gary Banham (2002) "Mapplethorpe, Duchamp and the Ends of Photography" Angelaki 7.1

Liens externesModifier

Site de la Robert Mapplethorpe Foundation


Retrouvez tous les détails de la filmographie de Robert Mapplethorpe sur sa fiche IMDB

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