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Ready-made

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L'attitude du ready-made consiste, initialement, à choisir un objet manufacturé et à le désigner comme œuvre d'art. Initiée par Marcel Duchamp, cette démarche a donné naissance à une grande partie des pratiques artistiques actuelles, qu'elles s'en réclament ou s'en défendent.

Le ready-made a remis en question un certain nombre de certitudes sur lesquelles reposaient l'art, comme les notions de virtuosité et de savoir-faire ou encore d'œuvre, conçue désormais comme résultante de l'exposition et l'acte de nommer.

Effectivement, les ready-made sont des œuvres d'art qui n'ont pas été réalisées par l'artiste, ce dernier n'intervient en effet que pour les sélectionner, changer leur contexte et leur statut par la désignation (l'affirmation « ceci est une oeuvre d'art », entonnée par Marcel Duchamp faisant dès lors acte de redéfinition).

Roue de bicyclette (1913) est le premier ready-made réalisé par Marcel Duchamp. Composée d'une roue de bicyclette juchée sur un tabouret, cette oeuvre n'est pas un ready-made strict, mais un « ready made assisté ».

Marcel Duchamp déclarait, lors d'un discours au Museum of Modern Art de 1961 : « Quelques fois j'ajoutais un détail graphique de présentation : j'appelais cela pour satisfaire mon penchant pour les allitérations, « un ready-made aidé » (ready-made aided). Une autre fois, voulant souligner l'antinomie fondamentale qui existe entre l'art et les ready-mades, j'imaginais un « ready-made réciproque » (reciprocal ready-made) : se servir d'un Rembrandt comme table à repasser ! » (une autre variation proposée par l'artiste est celle de « ready made malade »).

Dans cette optique, Porte-bouteilles (1914) serait, historiquement, le premier ready-made strict de l'artiste.

La carrière de Marcel Duchamp est à appréhender comme stratégie à long terme (les années ultérieures de la vie de l'artiste dévolues à la pratique des échecs venant corroborer cette hypothèse).

Fontaine (1917), premier ready-made médiatisé, en est un parfait exemple, à travers la mise en scène radicale et complexe élaborée par l'artiste.

Le ready-made, entre démarche conceptuelle et acte performatif :

  • On notera, du français à l'anglais, l'omniprésence des distorsions de langage, jeux de mots et tautologies, chez Marcel Duchamp, qui modifie parfois l'intitulé même des objets ou leur signature, comme pour l'urinoir, rebaptisé Fontaine (1917), et portant la mention peinte « R. Mutt 1917» ou encore sa pelle à neige à l'intitulé plus narratif : "In advance of the broken arm".
  • Dans le ready-made, le concept prime sur l’œuvre originale et physique, certains ready-made étant même totalement virtuels, que ce soit par accident ou par stratégie : Fontaine (1917) a été médiatisé par l'artiste sous forme de trace photographique, sans que l'objet ne soit retrouvé, et d'autres ready-made ont été perdus par leurs propriétaires. les œuvres exposées dans les musées étant dès lors des répliques certifiées par l'artiste.
  • Marcel Duchamp ira même jusqu'à démultiplier ses œuvres sous formes de reproductions miniatures combinées, La boîte-en-valise dès 1936, soit un quart de siècle avant qu'Andy Warhol ne devienne la star de la duplication avec ses sérigraphies.
  • Il est l'initiateur d'une recherche complexe portant sur les questions de perception et de sublime au travers de son alter égo Rrose Sélavy (que l'on peut lire Eros c'est la vie), à qui il fit signer bon nombre de travaux relevant de l'art cinétique. Le ready made est également une facette de cette démarche : Roue de bicyclette est par exemple la source même de ses Roto-reliefs, de son film expérimental Anemic cinema etc.
  • Dans le même temps, Duchamp écrivait qu' « Il est un point que je veux établir très clairement, c'est que le choix de ces ready-mades ne me fut jamais dicté par quelque délectation esthétique. Ce choix était fondé sur une réaction d'indifférence visuelle, assortie au même moment à une absence totale de bon ou de mauvais goût… en fait une anesthésie complète ».

Cette exhortation à rencontrer les ready made dans l' « indifférence esthétique la plus totale » n'est pas une dichotomie ni mais bel et bien une critique acerbe de la qualité perceptive de ses contemporains, un indice de lecture fondamental de son propre travail. Le champ lexical de Marcel Duchamp le confirme de façon précise : depuis l'anémie (qui peut causer des troubles de la vision) associée au cinéma et au cinétique, que l'on peut mettre en parallèle avec la notion d'hypnose jusqu'à l'anesthésie, il s'agît bien là d'un diagnostic clinique adressé au spectateur lui-même, invité à se questionner sur l'écart entre ce qu'il éprouve et ce que l'artiste décrète qu'il doit éprouver.

Marcel Duchamp déclarait que « c'est le regardeur qui fait le tableau ». En ce sens, les ready made commencent avec le regard, et relèvent donc de la performance, et même de ce que Nicolas Bourriaud étiqueta par la suite sous l'appellation d' Esthétique relationnelle, précisant dans son ouvrage éponyme que « pour comprendre la notion d’esthétique relationnelle, on peut mettre en relation deux pensées qui, à priori, sont totalement divergentes et éloignées. Celle de Duchamp et celle de Marx. Duchamp disait : " L’art est un jeu entre tous les hommes de toutes les époques ". Ce qui introduit la notion de dialogue possible entre quelqu’un aujourd’hui et Rembrandt et Vermeer par exemple. D’autre part, l’idée de Marx, dans laquelle la société, l’humanité même, est simplement le fait des relations qui existent entre tous les acteurs du champ social. Ce sont les bases théoriques de ce que j’appelle l’esthétique relationnelle. L’esthétique relationnelle, n’est rien d’autre que les relations qui sont produites par les œuvres ».

Le design contemporain s'est aussi emparé de cette pratique en reconsidérant la fonction d'un objet usuel et banal pour en créer un autre qui devient œuvre. Achille Castiglioni, crée, par exemple, un tabouret à partir d'un siège de tracteur (chaise Mezzadro (1957), Zanotta). Franck Schreiner, lui, transforme un chariot de supermarché en fauteuil de salon (fauteuil Consumer's Rest (1983), Stiletto).

Aujourd'hui encore, un grand nombre d'expositions prospectives et contemporaines présentent des artistes dont la pratique est héritée, sur le plan formel ou conceptuel, des ready made "Duchampiens" :

  • Dans cette dynamique, on retrouvera des praticiens reconnus tels que Sylvie Fleury, Jeff Koons etc. qui revendiquent le droit à produire des dispositifs dont la plasticité voir l'esthétisme prévalent sur le fond.
  • D'autres artistes répondent aux concepts de Marcel Duchamp, comme Bertrand Lavier, dont le travail critique s'attache entre autre à éprouver la distance possible entre désignation et matérialité, ou encore Bruce Nauman, avec des réalisations telles que "Put your hat on your lap, put your head on your hat, put your hand on your head.", qui aborde la question de la déshumanisation.

Les ready made, actes posés par son initiateur comme une étape transitoire de rupture au sein de l'art, sont donc encore l'objet de multiples échos.

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