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Georges Goursat dit Sem, né le 22 novembre 1863 à Périgueux et mort en 1934 à Paris, est un affichiste, caricaturiste, chroniqueur mondain, illustrateur et écrivain tardif. Il inaugure en 1900, une carrière parisienne qui se prolonge aujourd’hui dans des salles de vente à New York ou au Japon.

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Vie et œuvres de SEMModifier

Toute sa vie, Sem a donné des réponses graphiques à des situations de communication diverses, qui vont de la presse à la publicité en passant par la création d’albums qui seront sa marque de fabrique. Il accompagne la mutation des supports au tournant du siècle, renouvelant la vie des images, créant et usant de nouvelles pratiques, multipliant les supports d’images comme la publicité sur le lieu de vente. Dans un appétit de création qui ne s’embarrasse pas des frontières arts appliqués - arts plastiques, il contribue à la montée de nouveaux usages, accompagnant les débuts de ce qui deviendra la communication visuelle. De ce point de vue, il appartient entièrement à son époque, qui tente en ce début de siècle de faire une synthèse des arts et de faire communiquer industrie et expression artistique.

Sem devient parisien en 1900, il a trente-sept ans et maîtrise parfaitement son style ; sa signature est fixée, Georges Goursat est devenu SEM, en hommage à Amédée de Noé dit Cham dont il admire l’œuvre. S’il s’éloigne de la tradition satirique et du maître Cham, c’est pour un traitement original de la caricature, à mi-chemin entre portrait in situ et portrait charge. Une représentation synthétique très lisible : aplats de couleur cernés de noir, utilisation de fonds colorés avec personnage en premier plan, forment un vocabulaire efficace et esthétique. Aplats de couleur et traits de contour nerveux vont remplacer peu à peu les personnages lilliputiens à tête géante, hérités de la tradition caricaturale.

La presse est un passage obligé de tous les dessinateurs. Après Périgueux, sa ville natale, Bordeaux et Marseille, où il a su montrer les figures locales, femmes et hommes de peu, travailleurs des rues, messieurs du barreau, en revue dans les journaux locaux, Sem se confronte à la vie parisienne. Autodidacte, c’est son succès auprès des lecteurs de la presse locale et l’engouement des albums bordelais qui lui donnent légitimité pour poursuivre son chemin. Il profite de l’âge d’or de la caricature, et trouve dans le dessin des silhouettes, l’objet de son travail. Il apportera à la caricature la caution esthétique du genre qu’on a pu définir comme un art sans art. La presse parisienne accueillera ses dessins avec intérêt. Ils trouveront écho chez un public friand d’images, de portraits de personnalités. Au printemps 1900, Sem arrive en pleine exposition universelle. Paris entend faire la démonstration de sa puissance, à la veille de la Première guerre Mondiale. L’exposition coloniale, vitrine d’une France riche d’un large empire et d’une industrie florissante qui sait contribuer à l’essor des arts, occupe tous les Parisiens.

Sem va embarquer dans cette effervescence, et contribuer à forger les mythes du début du XXe siècle : foi en la modernité et aux conquêtes du progrès. C’est avec l’album Le Turf qu’il va conquérir Paris.

1900-1914Modifier

Le monde des courses donne à Sem son passeport pour la vie mondaine, le champ d’observation de toute sa production.

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De 1900 à 1914, 14 albums sortiront des carnets de Sem. Sem suit la société riche et mondaine dans ses territoires ; il va produire en quelques mois la galerie de portraits qui fournit ses modèles à Proust, Sacha Guitry ou Jules Renard. En janvier 1906, l'Instantané, supplément illustré de la Revue Hebdomadaire présente une photo sur laquelle le petit homme déjà grand se tient au côté du grand Chaliapine , qui le domine d'une tête, un bras passé autour de ses épaules.

Son premier album, pourtant objet éditorial singulier, va le propulser au premier plan de la scène mondaine. Il y trouvera le support de son travail, sa clientèle et ses amis, de manière paradoxale. Cette société insouciante le conduit dans tous les lieux à la mode, cafés et théâtres parisiens, plages à Deauville, casino à Monte-Carlo. Les albums, tirés à un très petit nombre d’exemplaires, de cent à cinq cents, sont vendus par l’imprimeur.

En 1909 : le succès de Sem est établi à Paris, il organise rue Royale avec Roubille un diorama, installation très en vogue au début du siècle. Des silhouettes anonymes découpées en contreplaqué, animaux, chevaux, voitures attelées forment un défilé en route pour les courses.

1914-1918Modifier

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Correspondant de guerre pour Le Journal, ses écrits rassemblés dans Un pékin sur le front, auront la naïveté de ton du héros de Stendhal à Waterloo, et l’émotion sincère qui surprendra une société qui envoie ses hommes au champ de bataille, comme au dernier spectacle à la mode. Les illustrations qui accompagnent ces textes reviennent à un dessin classique, traité au fusain et crayon rehaussé d’aquarelle. Sem ne verra du front que ce que la Grande Muette veut lui laisser voir : cependant le spectacle des hommes et des bêtes malmenées, l’émeut. On pourra lui reprocher son manque de vigueur à dénoncer les conditions de vie des tranchées, quand des artistes engagés dans la guerre critiquent violemment la boucherie de 1914-18. Mais le crayon de Sem se met au service d’une émotion sincère palpable encore aujourd’hui. En 1918, il donnera 68 croquis d’audience du procès Bolo-Pacha.

1918-1934Modifier

Au lendemain de la guerre, Sem va reprendre ses carnets et observer une société en mutation : la voiture a remplacé les chevaux, les robes des femmes et les tenues des hommes ont changé, le jazz, le tango font irruption dans un Paris qui cherche à redevenir capitale des plaisirs, tournant le dos aux horreurs de la guerre. La fée électricité change la vie des Parisiens. De nouvelles figures occupent la scène, industriels, sportifs. Sem en rend comte dans les albums intitulés Le nouveau monde ; parallèlement il publie La Ronde de Nuit. Les centres de la vie artistique se déplacent vers Montparnasse et Montmartre. Sem se fait moins présent, sur la scène artistique.

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Cependant sa participation au salon de l’Araignée animé par Gus Bofa, le rattache à une communauté de jeunes artistes de retour du front, qui formeront l’avant-garde européenne. Sem y sera exposé à plusieurs reprises confirmant qu’il compte encore parmi les artistes de son époque.

En 1927, Sem publie son dernier album, White Bottom. Sur la fin de sa vie, il multipliera les voyages en Angleterre. Il aura livré une trentaine d’albums, composant la saga d’un milieu qui l’aura adopté, mais dont il a su rester à distance.

Il mourra en 1934, salué par l’ensemble de la presse comme un artiste et un homme d’esprit qui aura marqué une époque définitivement révolue à quelques années du second conflit mondial.

Approche globale Modifier

On découvre aujourd’hui, sous la figure fixée de caricaturiste mondain qu’a été Sem, un remarquable artiste, même si Sem ne prétendait ni être caricaturiste, ni artiste. Proche des artistes anglais ‘‘artisan-artiste’‘, qui assument la conception et la fabrication de leurs ouvrages, Sem suit attentivement la fabrication des albums. À partir d’un travail très fouillé, de recherches graphiques, montages, pliages, collages, il produit le dessin original, dont Cocteau disait : C’est beau comme toute œuvre se joignent labeur et spontanéité. Ce sont les caractéristiques du travail de Sem. L’apparente facilité de son tracé est démentie par l’observation de ses calques ou des études, dont les repentirs révèlent la reprise ; il a fallu l’œil acéré de l’artiste pour opérer des sélections rigoureuses avant les tirages définitifs. Le même soin est apporté à la réalisation des albums ; il travaille avec des artisans esthètes ; il achète lui-même le papier, pour des raisons économiques d’une part, mais également esthétiques. Il s’entoure dans son travail de professionnels méticuleux, dont le coloriste Jean Saudé, coloriste et maître artisan enlumineur, qui réalise ses pochoirs, mais aussi ceux de Rodin, Sucès, Devambez, Maurice Pillard.

PresseModifier

Parallèlement à ses albums, Sem a profité très largement de l’âge d’or de l’illustration dans la presse. À Paris, il collabore régulièrement au Journal, au Gaulois, à L’Illustration, au Figaro et à l’ Excelsior. Il réserve au Journal des reportages illustrés sur des sujets éloignés de l’actualité et de la politique. Sa discrétion sur les grands débats de société comme l’affaire Dreyfus ne l’empêche pas de livrer à travers ses chroniques, ainsi pour la Turquie, une autre image que le pittoresque attendu après Pierre Loti. Sem n’est pas un analyste, son regard n’entend pas changer le monde, mais le montrer tel qu’il le ressent. Ses contemporains ne s’en plaignaient pas ; les historiens de la presse en seront pour leurs frais, à moins de chercher en Sem un témoin de l’histoire des mœurs.

AffichesModifier

L’affiche publicitaire a déjà ses maîtres quand Sem produit ses premières affiches. Chéret, Cappiello, Mucha ont défini des canons et formé le goût du public. Sem va simplifier le graphisme, reprenant le style synthétique inauguré par Toulouse-Lautrec, qui privilégie le geste sur l’aspect décoratif.

PublicitéModifier

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Sem a su trouver des styles très différents et adapter son dessin pour répondre aux besoins de la communication publicitaire. Il sait orienter sa production au service d’un argument de vente et utilise la narration graphique, soutenue ou non par le texte, avec esprit. Cette capacité d’adaptation plastique lui a valu de se renouveler jusque dans les dernières années de sa vie.

Les livresModifier

Sem a eu tardivement une activité d’illustrateur et d’écrivain, où il a su donner un ton de chroniqueur loin des récits convenus et du pittoresque attendu dans ce genre. Ses publications : La Ronde de Nuit (Fayard, 1923), La Cathédrale de Reims (Plon, 1926), Un Pékin sur le Front (Lafitte, 1927), sont des récits sensibles, et aussi incisifs que les dessins croqués sur le vif de Sem. Il a illustré Les Ronds de Cuir de Courteline. On trouve de nombreux dessins de Sem dans différents ouvrages publiés après-guerre : Dans le monde où l’on s’abuse (Fayard, 1926), Hier à Paris de Max Aghion, préf. de Francis Carco (Marchot 1940), numéro spécial sur la caricature de la revue Arts et métiers graphiques 1932, numéro spécial (29) du magazine Le Crapouillot sur La Belle Époque (1955), et plus récemment : Bordeaux, l’art et le vin (L’horizon chimérique, 1995).

En 1979 est paru aux Ed. Fanlac, Périgueux, SEM par Madeleine Bonnelle et Marie-José Méneret, une biographie largement illustrée qu’on ne trouve malheureusement plus qu’en bibliothèque. Le livre est à nouveau disponible auprès des éditions Fanlac à Périgueux : nouvelle édition entièrement revue en 1990,ISBN 2-86577-144-X

SEM et ses contemporainsModifier

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Tout le long de sa vie, il accompagne les mouvements successifs de création. Animé d’une grande curiosité, il est attentif à l’irruption du nouveau, qu’il s’agisse des apports de la photographie, du cinéma, de la mode. Aucun exploit sportif, aucune innovation ou création artistique ne le laissent indifférent ; sa production se nourrira sans cesse de l’actualité. Ses multiples intérêts et sa curiosité lui font croiser des univers différents, qu’il sait garder à distance. Paul Berthelot, journaliste et critique dira de lui dans la préface de l’Album bordelais : ‘‘Il hait les servilités, le pli du métier, le ‘‘Monsieur artiste’‘, il lui déplaît de causer procédés avec les indifférents ou les profanes jaloux de distiller des épithètes d’art….La douche tiède des compliments ne lui inspire que des sourires lents ou navrés. Il a l’air, dans sa correction anglaise, d’une élégance pincée, d’un petit sportsman auquel un parieur tenterait vainement d’arracher le tuyau du jour. C’est un modeste et un silencieux.’‘ Il restera étranger en art au cubisme et à tout mouvement constitué, même s’il se sent proche des surréalistes. Héritier de Chéret, lié à Cappiello, ami du ‘‘peintre mondain’‘ Boldini, proche de Helleu et d’Abel Faivre, Sem se maintient de manière très singulière sur une ligne à la fois héritière du XIXe siècle et intégrant, anticipant parfois de manière personnelle les apports du XXe siècle. Sem croisera, au cours de ses trente années passées sur la scène artistique, les figures qui feront basculer le siècle dans la modernité, et partagera avec ces célébrités les changements de son époque, qu’il s’agisse du monde artistique (Cocteau, Foujita, Rodin), de la mode (Coco Chanel, Paul Poiret), du théâtre (Mounet-Sully, Guitry, Brasseur, Sardou, Rostand), de la littérature (Colette, Jules Renard, Valéry, Tristan Bernard), Pierre Loti, "le retraité récalcitrant" qu'il dépeindra en habit d'académicien, dans la revue Le Rire en 1898. À l’image d’un son aîné et modèle Cham, rien de ce qui l’entourait ne le laissait indifférent. La vie sportive, qui va devenir un véritable fait de société, l’inédit, les figures originales le captivent, comme en témoigne entre autres son attachement à Santos-Dumont.

ConclusionModifier

L’œuvre de Sem colle tellement à une époque qu’elle ne peut faire sens semble-t-il hors d’une contextualisation, d’où son aspect de témoignage sur une époque révolue. Elle développe cependant une cohérence interne qui peut se lire à travers cette volonté de voir et de comprendre l’esprit de son époque, à travers ceux qui l’ont marquée et façonnée. Paradoxalement, la présence d’un sujet et d’un regard subjectif qui ne s’extrait jamais des choses vues, est une position éminemment moderne. La position du caricaturiste au milieu de la représentation, qui se manifeste par les nombreux autoportraits, désigne l’omniprésence de l’auteur, animé par une volonté presque panoptique de saisir le réel, sans s’y fondre. Ce dispositif place la production de Sem dans une problématique très contemporaine. Pas de séparation entre l’artiste, sa production, et les conditions de sa diffusion. Sem représente le modèle d’une trajectoire singulière : celle d’un créateur qui compose avec la réalité artistique de son temps. Loin de l’illusion romantique d’une œuvre à défendre, atypique dans les choix opérés, il a apporté au dessin de presse et à la caricature une dimension artistique, et a changé le statut de la caricature en déplaçant l’horizon d’attente du public à l’égard de ce genre.

article par Francoise Beauchamps, Paris 2006

Musée SEM Modifier

Hommages Modifier

Une rue de Périgueux, sa ville natale, porte son nom.[1]

On trouve également une rue Sem à Deauville [2] et à Bordeaux.[3]

Références Modifier

  1. Google Maps
  2. Google Maps
  3. Google Maps

Liens externesModifier

site info artiste

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